Pour le préparateur sportif — un outil puissant mais méconnu

by Caroline Galipeau on 2017-01-10 1 comment

LA PSYCHOLOGIE SPORTIVE, POURQUOI?

cerveauIl n’est pas nécessaire d’être en charge d’athlètes d’élite pour mettre à profit des outils de pointe. Les sportifs de tous les niveaux peuvent bénéficier des techniques qu’offre la psychologie sportive, notamment la méthode créée par William Miller et qu’on appelle l’entretien motivationnel.

Tout comme le squat est un exercice qui peut aider des gens de divers niveaux d’habiletés à améliorer certaines qualités physiques, et ce, peu importe leur discipline, l’entretien motivationnel peut nous aider à mieux épauler nos clients dans l’atteinte de leurs objectifs. Plus souvent qu’à notre tour, nous nous retrouvons en relation d’aide avec nos clients. En ce sens, je crois que chacun d’entre nous devrait s’outiller pour répondre à ce besoin.

L’ENTRETIEN MOTIVATIONNEL : POUR QUI?

Personnellement, j’ai ciblé trois types de clientèles avec qui je crois qu’il est approprié d’utiliser l’entretien motivationnel :

  1. Le client en démarche de remise en forme (préventif ou curatif) et dont la motivation peut être variable ou fragile ;
  2. L’athlète en remise en question ou en retour à l’activité post-blessure et qui considère la possibilité d’arrêter le sport ou qui vit difficilement la période de réadaptation ;
  3. L’athlète peu enclin à complémenter un entraînement spécialisé, ce qui augmente souvent les risques de déséquilibres ou de blessure à long terme.

L’ENTRETIEN MOTIVATIONNEL EN BREF 

L’entretien motivationnel repose sur un dialogue entre le client et l’intervenant servant à engager ce dernier dans un processus de réflexion. Le dialogue est d’abord concentré sur la situation actuelle et les inconvénients qui s’y rattachent, puis il gravite de plus en plus vers l’évocation (par le client) des bienfaits liés à un changement. Ensuite, lorsque le client se sent prêt, lorsque sa motivation devient intrinsèque (c’est-à-dire qu’elle est autogénérée, soit profondément ancrée dans ses désirs personnels et, par conséquent, beaucoup plus efficace que si elle tient à des facteurs externes), il peut entamer la planification des étapes à suivre et confirmer son engagement envers son objectif.

La philosophie de l’entretien motivationnel ne se résume pas à une simple manipulation de l’esprit. L’intervenant doit ultimement accepter que les individus qu’il tente de guider auront beau avoir tous les outils à leur disposition (un entraîneur dévoué, des ressources financières, une plage horaire adaptée à leurs disponibilités, un programme personnalisé, etc.), eux seuls pourront décider de mettre un changement en branle. La notion de partenariat est fréquemment invoquée pour décrire la relation entre l’intervenant et le client. L’un des aspects-clé de l’entretien motivationnel est la compassion.

De façon un peu plus concrète, l’entretien motivationnel consiste en quatre grandes phases, mais celles-ci sont fluides (contrairement aux étapes précises et définies d’une recette!) et parfois même circulaires plutôt que linéaires. Il est, en effet, possible au cours du processus de devoir retourner aux étapes précédentes à de multiples reprises, pour revenir sur un sujet déjà traité ou pour entamer le volet suivant d’un projet global.

PHASE 1, L’ENGAGEMENT 

C’est dans cette phase que se construit la relation entre vous et votre client. Elle peut prendre quelques secondes, mais aussi plusieurs semaines. Sans l’engagement, les autres étapes ne peuvent se produire. En somme, cette phase consiste à établir un certain niveau de confiance entre votre client et vous ainsi qu’à délimiter les bornes de votre relation de travail.

PHASE 2, LA FOCALISATION

De l’engagement découle la focalisation (en anglais « focusing ») sur un objectif particulier, c’est-à-dire ce dont votre client ou athlète voudra vous parler. Il est possible que vous ayez votre propre objectif en tête, et il se peut aussi qu’il chevauche celui de votre client. Voici un exemple typique chez le client en remise en forme : « Mon objectif est de faire de l’activité physique pour perdre du poids. » L’objectif de l’entraîneur est d’amener le client à modifier certaines de ses habitudes de vie, telle son alimentation et son sommeil, qui joueront un grand rôle dans sa perte de poids. Vous devrez dans ce cas utiliser les discussions avec votre client pour guider certaines de ses réflexions par des interventions connexes à son objectif principal. Il est essentiel que le client réalise par lui-même le lien existant entre les éléments que vous lui présentez et son propre objectif. Il pourra ensuite les intérioriser et se les approprier. Le ton sur lequel se déroulera la discussion aura une grande importance.

PHASE 3, L’ÉVOCATION

La prochaine étape concerne l’évocation des motifs internes de votre client. L’évocation de ce qui le préoccupe vraiment, de ce qu’il voit lui-même comme souhaitable pour l’atteinte de son but, l’aidera à se faire une image positive de son objectif, voire à visualiser un état qu’il pourrait s’engager à atteindre. Vous me direz sans doute ici qu’une portion de ces clients vient plutôt vous voir par obligation, par exemple, sur ordre du médecin. Mais n’oubliez pas qu’ils auraient pu ignorer les recommandations et rester à la maison. Pourtant, ils sont là, devant vous. Donc, il y a une part de désir chez eux. Peut-être que cela leur vient de la volonté de pouvoir jouer avec leurs enfants, de remonter sur le bloc de départ après une blessure, de l’envie de continuer de faire les activités qu’ils chérissent, etc. Il faut regarder sous la surface pour trouver les buts les plus évocateurs pour les clients et éviter de s’attarder aux obstacles potentiels.

PHASE 4, LA PLANIFICATION

La phase de planification doit mener vers l’engagement à l’action. On essaie ici de déterminer ce qu’il faudrait, ce que ça prendrait pour passer d’un état « X » à un état « Y ». Par exemple, on peut demander (directement) à un athlète qui est en remise en question et qui a de la difficulté à continuer ou à reprendre l’entraînement ce qu’il lui faudrait pour passer d’une motivation à 3/10 à une motivation à 5/10. Notez que je ne choisis pas de viser le 10/10. Si l’écart entre l’état présent et celui désiré est trop marqué, la difficulté sera perçue comme grande et démotivante. Plus un objectif semble atteignable, plus le client se sentira motivé et engagé dans le processus.

Je reviendrai plus en détails sur les méthodes recommandées pour chaque phase dans un prochain billet et je m’attarderai en particulier sur la focalisation et l’évocation. Je vous recommande le livre cité en référence pour approfondir vos connaissances sur le sujet.

Caroline Galipeau pour la Clinique Sportive HPH

Référence : Miller, William R., Rollnick, Stephen. (2013) Motivational Interviewing, Helping People Change (3rd edition), The Guilford Press, New York and London

 

Caroline GalipeauPour le préparateur sportif — un outil puissant mais méconnu

1 comment

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  • Ginette Thiffault - 2017-01-15

    Excellent article!
    Une question : Quelle différence fais-tu entre empathie et compassion? Et pourquoi avoir choisi la compassion?
    Si jamais le livre est traduit, ce serait intéressant à savoir.


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