Le développement neuromoteur — l’œuf ou la poule?

by Guillaume Allard on 2015-11-02 Comments Off on Le développement neuromoteur — l’œuf ou la poule?

Est-ce le mouvement qui est à la base du développement du cerveau ou bien est-ce le développement du cerveau qui va agir sur le développement moteur de l’enfant ?

C’est comme l’œuf ou la poule. Qui est arrivé le premier ?

À la naissance, le cerveau de l’enfant n’a pas fini sa maturation. Il continue de se développer, de se spécialiser et de s’affiner grâce à son environnement familial, social et aux expériences que l’enfant vie au quotidien. La motricité de l’enfant est également en transformation tout au long de son enfance et jusqu’à la fin de l’adolescence. Non seulement le développement de l’enfant est gage des capacités athlétiques, mais également des capacités cognitives.

Sommaire

Pour Jean Piaget, psychologue reconnu, « la motricité est le vecteur essentiel du développement cognitif. »

Pour mieux comprendre le développement des fonctions motrices, il est d’abord important de mettre de l’avant les fondements biologiques.

Pour bouger, nous avons besoin de plusieurs composants. Une charpente avec des leviers (le squelette), des « effecteurs » pour faire bouger ces leviers (les muscles) et d’un contrôleur pour commander et diriger les effecteurs (le système nerveux). Ce grand système s’appelle le système locomoteur ! Il est capable de réaliser des activités musculaires statiques (posture, équilibration) et dynamique (réflexes et mouvements intentionnels.

Le système locomoteur à besoin d’un autre partenaire pour affiner et contrôler ses actions. Ce sont les récepteurs sensoriels (les 5 sens et les récepteurs proprioceptifs).

À partir de cette base théorique, nous allons pouvoir comprendre un peu plus l’évolution des fonctions motrices chez l’enfant de la naissance jusqu’à deux ans.

La maturation du système nerveux est un processus du système nerveux qui est génétiquement déterminé. Comme nous le savons, l’enfant commence à marcher aux environ de 10 à 15 mois. Si la marche arrive après cette période c’est qu’il y a un déficit chez l’enfant qui est soit dût à un problème de maturation, soit dût à un manque de stimulation dans son environnement.

Evolution

Lorsqu’un organe atteint un état de développement optimal, cet organe devient apte à assurer avec aisance et efficacité la fonction pour laquelle il est conçu. Dans le cas du système nerveux la maturation s’effectue sous l’effet de la pratique.

Cette maturité est reliée à 2 concepts

  • SynaptogeneseLa synaptogénèse : le développement des synapses d’un axone avec d’autres synapses d’autres axones.
  • La myélogénèse : le développement de la myéline. La myéline est constituée de lipide et protides qui forme une gaine autour des axones. Elle permet de contrôler la vitesse de propagation de l’influx nerveux tout au long des fibres nerveuses.

Dans l’évolution des fonctions motrices, on parle également de période critique. Celle-ci correspond à une période de temps pendant laquelle les circuits neurologiques qui supportent une fonction sont particulièrement réceptifs au stimuli ou ont même besoin de stimulation pour continuer leur développement normal.

Par exemple l’apprentissage de la langue chez l’enfant se fait grâce aux interactions avec la famille et l’environnement social dès les premiers mois. L’enfant commence par des gazouillis et continu par imiter les sons produits dans son milieu. Les sons se transforment en mots puis par l’apparition de courtes phrases vers l’âge de 18 mois.

La motricité va également agir sur l’apprentissage du langage puisque l’enfant mobile sera capable de se déplacer et d’aller interagir lui même avec d’autres personnes.

Pour finir, de la naissance jusqu’à deux ans, l’enfant va améliorer sa motricité grâce à au développement de ses récepteurs sensoriels, avec l’interaction de son milieu affectif et social et par la maturation de son cerveau.

L’enfant évolue selon 2 grandes lois. Les lois céphalo-caudale et proximo-distal. Cela signifie que l’enfant se développe du cerveau jusqu’à la pointe de sa moelle épinière et du centre de son corps jusqu’au bout de ses doigts.

Lorsque l’enfant a quelques mois, son tonus musculaire est faible. Son exploration du monde extérieur consiste à prendre des objets et les apporter à la bouche pour les explorer. Sa prise d’objet est grossière et la précision vers la bouche n’est pas optimale.

Au fur et à mesure qu’il grandit, que sa maturation nerveuse évolue et que ses interactions avec le monde extérieur s’accumulent ; il va affiner sa préhension des objets, son tonus musculaire et la précision de ses mouvements.

Il sera capable de tenir une position assise en alignant la tête avec la colonne vertébrale tout en allant prendre un objet avec le bout des doigts pour l’apporter directement et précisément à sa bouche.

Cette évolution va se perpétuer au cours de l’enfance et jusqu’à la fin de l’adolescence pour se stabiliser vers l’âge de 16-18 ans. C’est dans un prochain article que nous verrons comment se détermine et évolue le développement moteur humain.

Guillaume Allard pour la Clinique Sportive HPH

Share this post:
Guillaume AllardLe développement neuromoteur — l’œuf ou la poule?